21.02.2006
En un lieu sur terre
L'aube - silencieuse - se lève,
Là bas où il n'y a de trêve,
Sans guerre, douceur de nature...
Tellement de lieux, pays différents
Ce pourrait être, avec ou sans murs,
Un c'est déjà beaucoup trop...
J'y imagine des enfants au chaud
Voler dans leur bras des aimants
En bulle de songe ce qu’ils leur volent...
L'insouciance d'une vie
Au courant d'un long fleuve
Où le sang ne s'y fait obole...
Obole à une croyance, fi
De tolérance, fabrique veuves
Qu'ils vont emprisonner
Derrière un rideau de rejet,
Leurs enfants déjà mortifiés,
Sanglots amers sont refoulés
Ils ne peuvent courir les rues,
Ne peuvent jouer en toute liberté,
Seulement en songe rêvasser
Mais, de leur âme décharnue,
En ont ils en corps la force ?
Il y a des lieux où naître
Il ne fait pas en corps bon
Il y a des lieux où l'écorce
De se couvrir, où champs paître,
Sur les arbres, n'a le temps,
Ne seront jamais… où les ronds
Sont ceux que font les avions
A explosion, les tutures piégées…
Où les graines ne peuvent germer,
Où les pétales des fleurs sont courbés,
Des yeux en brisures, rivières salées,
Arrosés par une pluie putréfiée
Il y a des jungles, avec organisés
Les assassinats, de végétation ou béton.
Les oiseaux, on ne les y entend
Chanter, s'amusent à, ou sont écrasés.
L'aube a trépassé, est arrivé le son
Du carillonneur, les mains en sang.
Une journée nouvelle a commencé,
De boucheries ou « simples » rejets
Se déchirent dans la chair des frères…
Des frères, ainsi nous sommes tous nés,
Et qu'importe, nés de la même terre…
Des frères en famille, il y en a sûrement
Qui sont dans des opposés camps,
Pourtant dans les maux en accord...
C'est arrivé ou arrive près de chez vous…
L'ère où toutes les peuplades étaient en guerre,
Proche de Cro-Magnon, n'est pas loin derrière.
L'air haineux, assoiffés, il y a furieux partout !
Il y a des lieux où l'espoir
Au cœur se nourrit de voir
L'aube prochaine - feu d'or - s'élever,
De pouvoir les étoiles contempler.
Chaque souffle qu'il leur est accordé
Vont le transformer en un océan,
Où fées, lutins et autres se côtoient,
Où le réel rejoint l'imaginaire,
Où un lapin de son terrier sortant,
Se souciant guère des naturelles lois,
Parle de sa vie aux oiseaux en fer...
Il y a de ces lieux où poussière
Très vite redevient, retombe, père
D'hommes prétentieux
qui pour - Dieux - s'incombent
Le devoir des autres, d'en diriger,
De creuser in-con-sciemment leur tombe.
D'humanité ils s'en sont dissociés,
Leur faudra beaucoup de
savon pour âme nettoyer.
Il y a des intérieurs, où la symphonie
Est coupée. Des montagnes ont été poussées
Sur des sentiers privés de la liberté
D'exister, de sentir la lune, la nuit,
S'offrir en toute sensuelle simplicité.
Il y a des intérieurs où patentées
Les couleurs de la mer au ciel
Ne sont plus qu'ocres, desséchées
En l'élan du ritournelle fiel.
Le coucher - tonitruant - arrive,
Dans la journée, sur des rives
Souillées. De toutes les créatures
Y sont passées, gel du futur…
En un lieu sur terre,
Les loups et louves d'eux se sont exilés,
Dans la nuit de l'éternité,
Il n’y a plus que cinquième saison,
Des larmes de roses fanées pour pleurer,
Du cœur, la seule chanson...
~ Pascal Lamachère - Octobre 2002 ~
12:25 Publié dans Envolée poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poème, poète, guerre, rêve, enfant, blessure, lieu, terre
19.02.2006
Une histoire de temps
Pour inaugurer la rubrique des citations, le temps, ritournelle dans nombre de pensées, horloge de nos quotidiens :
La chanson est expansion dans le passé, la photo finitude. La chanson est le sentiment heureux du temps, la photo son tragique. J'ai souvent pensé qu'on pourrait raconter toute sa vie seulement avec des chansons et des photos. (Annie Ernaux - Femme de lettres française)
L'avenir est une tradition. Combien de temps se maintiendra-t-elle ? (Jean-Claude Carrière - Ecrivain français)
Un enfant disait, pour parler du temps d'avant sa naissance : "Quand j'étais encore mort." (Jean-Claude Carrière - Ecrivain français)
La folie est le prix à payer pour le temps passé à être trop lucide. (Elliot Perlman - Ecrivain australien)
On ne peut pas dire que le temps coule et que quelque chose se passe, car tout a déjà eu lieu. (Viktor Pelevine - Ecrivain russe)
Avec le temps qui passe ceux qui étaient con le restent et ceux qui ne l'étaient pas le deviennent. (Philippe Geluck - Dessinateur de BD belge)
Quand on parvient, par la poésie, par la langue, à transgresser la durée pour faire lien avec le temps, l'existence est enrichie. (Chawki Abdelamir - Poète d'origine irakienne)
Le réel exil commence lorsque le présent est confisqué. Quand on est condamné à rêver le temps d'avant et attendre l'avenir. (Chawki Abdelamir - Poète d'origine irakienne)
Pour atteindre la vérité, il faut perdre du temps et cesser de travailler. (Montserrat Figueras - Chanteuse lyrique et écrivain espagnole)
Le temps se peuple, aussi mécaniquement que le vide attire le plein. (Marie Darrieussecq - Femme de lettres française)
Là où l'infini de l'espace recoupe l'infini du temps, on trouve un endroit précis à un moment donné ; j'y suis souvent. (Grégoire Lacroix - Ecrivain et poète français)
Ecouter de la musique fait ressentir le temps physiquement. (Jim Jarmusch - Cinéaste américain)
Le seul temps vraiment perdu est celui qu'on passe à regretter les occasions manquées. (Grégoire Lacroix - Ecrivain et poète français)
19:00 Publié dans Le coin des citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : citations, temps, histoire, Jean-Claude Carrière, poète, écrivain, dessinateur, Grégoire Lacroix
18.02.2006
Promenade hivernale ou bouffée d'hiver
J'aime la neige comme un soleil hivernal. Je me suis régalé en me promenant dans tout l'Union, les écouteurs mp3 sur les oreilles, le bonnet sur la tête. Le samedi après-midi, le moment où il a le plus neigé, la majorité des habitants qui n'hibernaient pas faisaient leur course ou sortaient leurs enfants dans le jardin ou dans un lieu encore plus propice aux luges. Quelques rares promeneurs, dont les pas étaient bien vite recouverts par les crins solaires d'hermine givrée, se sont hasardés à fouler les rives du lac. J'ai écrit quelques ptits haïkus inspirés de ce moment, vous les retrouverez sur l'album photo, en "commentaire" de cette même photo. Là tout de suite maintenant, je préfère partager avec vous un autre écrit, en rapport avec les saisons :
Souvenirs saisonniers
Dis ? ! Te souviens-tu, te souviens-ti,
De ces soleils/pluies incessants, du vent frisson,
Des roses, papillons et abeilles pour l’occasion
Parés de leurs merveilles. Quand le parvis
Est ensoleillé, y reviennent les hirondelles,
D’amour s’envolent colombes, même sans ailes.
Les murmures de la terre sont pleins d’espoir,
De verts, les fleurs s’ouvrent, leurs fragrances
S’offrent par vibration des corolles.
Sortent du noir Cieux émoustillés, nuages parfois blancs.
La science Du coeur entend l’univers graver sa symphonie.
Dis ? ! Te souviens-tu, te souviens-ti,
Du temps du radieux, de l’après printemps.
Le temps de l’été qui déchausse, déshabille,
Où parfois, en voulant trop en faire, la fleur de feu
Brûle la terre, la chair, puis monte le sang
De Gaïa qui tend à se rebeller... Gaïa qui oscille,
Soumet les corps à l’orage, coupe les cieux
Avec éclairs... Puis reviennent les douces nuits
Et les journées soupirantes où lune et étoiles
Miroitent... où chamade pousse le jovial...
Où l’ombre d’un arbre est rêvée du puits.
Dis ? ! Te souviens-tu, te souviens-ti
De ce bout de vent, ce vent
Qui se balance et avec pieds grandit,
Qui tourbillonne et dépose
Les feuilles, par les branches chant
Transporte, amène à la rose,
Par terre, larmes des cieux, pour nourrir
Son cristal... Ce bout de vent qui raisonne
Avec les fruits de la saison de l’automne...
De peur de s’y perdre, partir
Ont préféré les hirondelles, ailleurs
Retrouver le calme, en harmonie de leur moeurs...
A l’aubade languissante s’ouvrent et se ferment
Les fenêtres, les ramages se font bohème.
Dis ? ! Te souviens-tu, te souviens-ti,
De ces morceaux gelés, glacés,
Sur les fils ondulés et sur les toits,
Déposés... Le vent petit à petit
A amené les étoiles du ciel givrées,
Parfois de « simples » perles d’émois
Fondues autour des fleurs assoupies,
Formant un voile nourricier, les recouvrant
Pour qu’elles s’ouvrent au printemps,
Que d’amour elles éclosent à la vie...
Mais l’hiver s’est avancé en se gardant bien
De demander à la cohorte son avis,
Infligeant son sort... Pour en faire fi,
Nos coeurs au chaud se sont couverts les mains.
Dis ? ! Te souviens tu, te souviens ti,
De ce que cela fait de voir les bourgeons
Germer de nouveau, d’humer les créations
Qui sortent de leur immobilité, la vie
Par écrins d’or inspirer la création ?
Dis ? ! Te souviens tu, te souviens-ti,
De ce que cela fait de voir les changements,
De garder au fond éveiller son coeur d’enfant,
D’avancer et de rester soi pour sourire de vie ?...
Saisons filent, souvenirs de chairs et d’esprits y font sursis...
© Pascal Lamachère - Février 2002
22:40 Publié dans Photos insolites | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : photographie, hiver, lac, saison, poème, poète, poésie


